Ne
reculant devant aucun sacrifice, j'ai rencontré
le beau et sémillant Thom Yorke, leader charismatique
de Radiohead, le meilleur groupe de rock du monde durant
la dernière semaine du mois de juillet 2004.
Thom,
je me suis laissé dire que vous rigoliez quand
vous vous brûlez, qu'en est-il exactement ?
C'est tout à fait faux. D'ailleurs l'autre jour
comme je faisais cuire des merguez avec des potes dans
mon jardin et alors que je regardais l'un d'entre eux
montrer son cul à une passante, je me suis brûlé
avec le barbecue. Je peux vous dire que ça m'a
pas fait marrer !
Vous
rigolez jamais alors ?
Au contraire. J'arrête pas. Je suis un vrai boute-en-train.
La vie est pour moi une vaste poilade.
Ah
bon ?
Parfaitement. "Une journée où l'on
a pas ri et une journée de perdue" comme disait
un pote à moi, ce bon vieux Peter...
Gabriel
?
Non, Hammill. Celui qui faisait partie de Van der Graaf
Terminator, un groupe hyper bidonnant.
Il
a dit ça ?
Pas plus tard que l'autre soir à la réunion
de notre club. Peter est un mec super marrant ! Vous voulez
que je vous raconte sa dernière sur la femme qui
a de gros nichons ?
Non,
merci, Thom... C'est quoi ce club ?
Les joyeux brittons.
En
quoi ça consiste ?
On se réunit une fois par semaine et on se raconte
des blagues hyper marrantes. Vous connaissez celle du
mec qui en a une petite ?
Non...
Thom, on vous imaginait plutôt du style mec qui
se pose plein de questions existentielles, seul, les cheveux
au vent, livide au milieu des tempêtes.
Pas du tout. D'abord, j'ai les cheveux courts. Ensuite,
mon truc c'est les copains, la bringue, le foot et éventuellement
les gonzesses.
Alors,
le romantique, le tourmenté, l'angoissé,
c'est que du bluff ?
Exactement. Et juste pour le look. Si moi je suis angoissé
alors les Rolling Stones sont l'avenir du rock.
Pourquoi
avoir appelé un des albums de Radiohead "Kid
A" ?
C'est simple. En vu d'une suite qui s'appellerait "Kid
B".
C'est
très drôle, Thom.
En effet. Mais figurez-vous que je l'ai sortie celle-là
l'autre soir au club et ça a fait marrer personne.
Heureusement que je me suis rattrapé de suite avec
celle du mec qui fait rien que péter. Je vous la
raconte ?
Non...
Quels sont vos projets, Thom ?
Je vais enregistrer sous peu un album solo rien qu'avec
des covers. De Lagaf notamment.
Vous
connaissez Lagaf ?
Je veux oui. C'est un mec qui véhicule malgré
l'aspect un tantinet rébarbatif de sa personne
un côté hyper positif. Il me fait toujours
marrer ! Ses blagues sont géniales ! Je vous raconte
celle du fou qui repeint le plafond ?
Non...
Il aime vos disques, Lagaf ?
Pour sûr. Il m'a même avoué qu'il avait
pleuré à l'écoute de "Ok computer".
Ah
bon ?
Vous savez, les grands comiques ont souvent une sensibilité
à fleur de peau. Ce sont de profonds angoissés
qui cachent leur extrême désespoir sous le
masque futile d'une vaine dérision comme le disait
si justement le grand Patrick Sébastien.
Mais
où avez-vous rencontré Lagaf, mon cher Thom
?
Récemment, à un séminaire européen
sur l'humour présidé par Dany Boon. On a
vite sympathisé et après nous être
raconté quelques bonnes blagues on a décidé
de se retrouver pour un projet commun sous la forme de
mon album solo.
Quels
titres reprenez-vous de lui ?
"Beautiful the lavabo" et "The zoubida".
Quels
seront les autres covers sur cet album solo ?
Il y en aura un de Carlos "Me, I prefer to eat at
the canteen", "At the queue the leu" de
Bézu et peut-être le standard "The dance
of the ducks". Pour le reste, on verra.
C'est
assez surprenant comme évolution.
Pas vraiment. J'ai toujours été quelque
part un sacré déconneur. Faut savoir par
exemple que "Amnesiac" au départ c'était
un album concept assez poilant et ça allait peut-être
même plus loin que certains trucs d'Eric et Ramzy.
Mais ça a pas plu à notre maison de disques
et on a tout refait.
Vous
avez un titre pour cette future oeuvre ?
Oui, je pense que je vais choisir "Restons covers".
C'est
un bon choix en effet et très désopilant
qui plus est.
Oui, j'en suis pas mécontent !
Ce
changement ne risque-t-il pas de surprendre votre public
?
Pas du tout... Mon nom sur la pochette suffira à
les convaincre.
Vous
croyez ?
Parfaitement... Dans le temps, Lennon avait dit : "Le
rêve est fini". J'ai pas peur d'ajouter : "Avec
Thom Yorke, il recommence !" Je sens que je vais
pas tarder à révolutionner la musique. D'ici
peu, tout le monde va se marrer comme un dératé
derrière sa chaîne hi-fi.
Ah
bon ?
Absolument... Y'en a marre de se faire chier dans le rock.
Prenez par exemple un truc comme "Hail to the thief"
de mon groupe Radiohead. Je l'ai écouté
deux ou trois fois. C'est hyper mortel. Limite à
peine moins emmerdant qu'un album de free-jazz.
Vous
êtes sûr ?
Certain... Mais, c'est pas tout ça, il se fait
tard et j'ai rendez-vous à mon club.
Bon,
alors Thom, chiao !
Non, pas Thom Chiao. Thom Yorke !
Ha
! Ha ! Ha ! Sacré Thom, toujours autant d'humour
!
Puis, j'ai quitté ce cher Thom. Comme je marchais
dans la rue sous une pluie drue, tentant d'éviter
les merdes de chiens et remontant le col de mon imperméable
acheté en solde le matin même chez Gémo,
je pensai à regret que je ne saurai sans doute
jamais rien sur le mec qui en avait une petite, sur celui
qui faisait que pêter, sur celle qui avait de gros
nichons et sur le fou qui repeignait le plafond. J'avais
comme la désagréable impression que je venais
de passer à côté de quelque chose
de grand.
_
par
éRiC
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