| |

C'était
lui !
|
C'était
il y a quelques années déjà, un mercredi
d'avril, vers 13 heures. Toute la nuit, le vent avait
soufflé. D'un coup, il cessa et le temps se mit
au beau. Un soleil resplendissant dardait ses rayons amicaux
sur mon visage d'homme jeune, mal rasé suite à
une malencontreuse coupure de courant le matin même
de notre départ. Sera-ce un signe ? lançai-je
intérieurement en moi-même ? ( Non pas le
fait que je ne fusse point rasé, mais le fait que
le temps devînt aussi radieux… ). Enfin, toujours
est-il que nous arrivâmes sur le parking d'un haut
lieu de la consommation béate : la grande surface
où nous devions nous rendre. Nous garâmes
notre R18 TL jaune. Nous descendîmes bien sûr.
Nous prîmes un caddie. Nous discutâmes un
peu. Nous nous aperçûmes qu'il y avait peu
de monde. Alors, nous nous dirigeâmes vers le magasin.
A l'intérieur, nous nous séparâmes.
Chacun partâmes de son côté. Ma femme
et mon fils vers le rayon fruits et légumes. Moi,
j'allais vers le rayon disques. Je m'approchai tout émoustillé
et découvris soudain celui que le destin devait
me faire rencontrer ce jour-là : Miles Davis !
Il était là, devant moi, sous la forme d'un
double album vinyle nommé " Bitches brew ",
superbe avec sa magnifique pochette, perdue entre quelques
médiocrités dont j'ai oublié les
noms. Je me dis, car j'étais seul " Voilà
un disque pas cher, ma foi ! " Et puis, j'ajoutai,
encore tout à fait seul : " Pourquoi ne pas
l'acheter ? Oui, pourquoi pas ! Cela me permettrait d'écouter
enfin ce Miles Davis, musicien dont les revues spécialisées
nous parlent à longueur de numéros depuis
un certain temps ".
De
retour chez moi, je mis religieusement le premier album
sur ma rutilante platine pioneer stéréo
toute neuve. Je l'écoutai d'abord quelques minutes
ce "Bitches brew" sans résultat. Je n'y
compris rien. Mais alors, rien ! Pensez, à cette
époque, je faisais, infâme béotien,
une allergie prononcée au jazz, moi qui ingurgitais
vulgairement du rock, du rock et encore du rock ! Moi
qui fuyais rien qu'à entendre ces deux mots : duke
ellington. Moi qui croyais naïvement que Charles
Mingus était un général romain. Moi
qui ne supportais pas le moindre morceau de musique sans
solo de guitare débridé. Oui, moi qui étais
tombé dans le rock étant petit ! Alors,
je rangeai mon beau "Bitches brew" tout neuf.
"On verra plus tard", soliloquai-je derechef
car j'étais encore seul. En effet, on a vu plus
tard. J'ai réécouté l'album : ce
fut le déclic. Et, d'un coup, violemment, je me
suis jeté comme un affamé sur les albums
de Miles et par la même occasion sur le jazz-rock,
sombrant subitement, sans m'en rendre compte dans une
maladie terrible, très pénible, faite de
solos interminables, de dextérité vaine,
d'acrobaties de virtuoses mégalomanes, de titres
de trente minutes, de musiciens jouant plus vite que leur
ombre, de Corea, de Ponty, de Coryell, de Hancock, de
Clarke, de beaucoup de bruit pour rien…
Aujourd'hui,
je n'écoute plus depuis belle lurette du jazz-rock,
mais tant d'années après, j'ai toujours
mon "Bitches brew". Je me le repasse encore
souvent et Miles ne m'a jamais quitté.
_
par
éRiC
|
|