Alors
que vous êtes bien installé devant votre
chaîne hi-fi à vous régaler d'un vieux
vinyle de Stan Getz et son saxophone magique, vous vous
demandez sans doute : "D'où vient le mot
Jazz ?"
Eh
bien, je vais de ce pas vous l'expliquer.
La
musique de Jazz était connue au début du
siècle dernier, mais elle n'avait pas de nom. On
la jouait, on l'écoutait, c'est tout... du moins
les noirs que l'on appelait "négros",
des pauvres bougres qui dormaient sur des paquets de planche
et chantaient seulement le dimanche... Putain, le blues
qu'ils avaient !
A
la fin des années 20, à l'époque
où l'on n'espérait pas encore qu'un noir
devienne président des Etats Unis en 3027 et où
l'on croyait dur comme fer que le blanc est un être
supérieur sous prétexte qu'il avait jadis
mis au point la civilisation dite "à coup
de trique" qui avait pour but de payer gratis aux
noirs un voyage au nouveau continent afin de passer de
belles vacances dans le coton ; à cette époque
donc, on commença à donner à cette
musique le nom de "jass" dans un quartier particulièrement
sordide de Chicago au fin fond d'une ruelle sombre et
glauque.
Toutes
les recherches faites à ce sujet par les plus éminents
jazzologues n'ont pu aboutir et à l'heure où
j'écris ce texte, on ne sait malheureusement pas
le nom de celui qui prononça pour la première
fois le mot "jass".
En
entendant pour la première fois cette musique âpre,
chaude, dansante et sensuelle, il déclara :
- Putain, ça c'est du jass, les gars ! Puis, il
cracha sur le parquet de bois, alluma un cigare et commanda
une bière.
- Tu l'as dit bouffi ! lui répondit son voisin
de table dont le nom ne figure pas dans Historia.
Ce
mot de "jass" - qui pourrait faire penser à
quelques bergeries perdues dans les montagnes bas-alpines
de notre belle France -, venait en vérité
de l'argot du coin et signifiait à peu près
quelque chose comme "amour" car la danse qui
accompagnait cette musique était une sorte de pantomime
de l'amour !
Ce
n'est que plus tard que le "jass" devint le
"Jazz" en s'assagissant, une fois récupéré
et apte à être donné en pâture
à la consommation d'un public plus vaste.
Depuis
le mot "négro" a disparu officiellement
du vocabulaire des blancs, du moins de certains habitants
au nord de l'Alabama.
Le
Jazz, lui, a évolué en bien mais, longtemps,
il a véhiculé le cliché d'une musique
improvisée dans une cave par des musiciens qui
balancent leur swing face à un public de blancs
snobs qui se perdent dans la fumée de leur Marlboro
tout en essayant de trouver un sens à leur vie
en se demandant si l'existence précède l'essence.
Finis
les musiciens qui jouent en costard noeud papilllon puis
partent vite dans leur loge se piquer pour pouvoir être
meilleurs que Coltrane.
Le
jazz n'est pas, non plus aujourd'hui, une musique de "constipés"
qui font n'importe quoi en soufflant comme des dératés
dans leur saxophone.
En
2004, les chorus du Jazz s'entendent depuis les grands
espaces glacés de la Norvège jusqu'à
la pampa de Buenos Aires et l'on peut voir de grands blonds,
beaux et propres sur eux, comme de petits bruns basanés
dont certains peuvent transporter le virus de la rhinite
catarrhale aiguë, se laissaient aller à un
swing que l'on croirait tout droit sorti d'un champ de
coton de la Nouvelle-Orleans où l'on cherchait
des miettes sous les tables avant que les blancs ne marchent
dessus.
_
par
éRiC
|