L'autre
jour, ayant réservé à la médiathèque
"Such sweet thunder", cette monumentale oeuvre
de Duke Ellington, et tout titillé et même
émoustillé à l'idée de pouvoir
enfin la réécouter, ayant égaré
la version vinyle (ou quelqu'un me l'ayant dérobée),
je cours dare dare (c'est une image, car en vérité,
j'ai simplement mis le cul sur le siège de ma vieille
405 GLX, 120 000 km, pneus neufs, auto-radio mono dont
seul le haut-parleur côté passager fonctionne,
cassettes hyper-géniales, consommation correcte,
amortisseurs particulièrement pourris), je cours
donc, à la médiathèque pour venir
la récupérer (cette oeuvre impérissable).
Je
dis à la "préposée" aux
cédés, une créature quelconque, compromis
très raté entre Birgit Fonda et Chantal
Goya : "J'ai réservé un magnifique
album de Duke Ellington, il s'agit Madame..."
La
créature me rétorque, impromptu : "Mademoiselle
!"
Je
continue : "Mille excuses, Mademoiselle... Il
s'agit du fameux "Such Sweet thunder". A mon
humble avis, c'est un des meilleurs albums du siècle
et peut-être même le premier, tous genres
confondus ! Hein ! ho ?"
La
préposée aux cédés me regarde
avec un air dégoulinant d'ignorance tragique et
me dit : "Euh..."
Je
continue imperturbable : "Vous ne pourriez pas,
Mademoiselle, et ce serait l'effet de votre bonté,
et sans vous commander, regarder dans le bac situé
derrière vous, afin de voir si vous l'avez, s'il
vous plaît, car, voyez-vous, je piaffe d'impatience
!"
L'employée
sort son plus beau sourire de crétinisme satisfait
et me dit : "Bè, vous l'aimez ce disque,
vous ! Ca alors ! Craquez pas, je vais vous le trouver
votre cédérome... C'est quoi déjà
?"
Je
dis : "Duke Ellington !"
Elle
répond : "Ah, oui ! diouque élingueton..."
Elle
se retourne et cherche.
Quelques
secondes passent. Il me semble qu'elles durent un siècle
! Je suis très inquiet et me dit, en mon for intérieur
: "Merde ! S'ils ne l'ont pas, je vais être
obligé de prendre encore des albums de britpop
à la con pour ne pas revenir bredouille !".
Elle
se retourne alors vers moi et me dit toute étonnée
: "Euh... Je le vois pas votre... élingueton
!".
Je
dis : "Voilà qui est fort embêtant
!"
Elle
dit : "C'est quoi comme genre votre truc ?...
Du classique ? De la chanson française ? Du rap
? Du folklore ?"
Je
réponds, plus bouleversé que si je venais
d'apprendre la mort de Peter Hammill : " Mais,
c'est du JAZZ, Mademoiselle !"
Elle
me dit : "Ah ! Du jase ! Oulala ! Je m'ai gourré
de casier, ça alors !" Et elle recherche un
instant puis dit : "A yé, je l'ai ! Aussi,
je cherchais pas au bon endroit ! Vous écoutez
des trucs pas courants, vous ! Boudi ! Quel original vous
faites !"
J'ai
failli l'étrangler !
Elle
ne savait pas, cette béotienne, baignant béatement
dans une nullité culturelle effarante, que Duke
Ellington, c'était du jazz, le JAZZ !!
Quand
je pense qu'il a tant de gens compétents qui pointent
aux Assedics et que cette ignare occupe la place parce
qu'elle a accordé quelques faveurs à un
vulgaire édile haut placé de cette putain
de ville.
Si
je tenais ce connard, je le flinguerais de suite.
_
par
éRiC
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