Ne
reculant devant aucun sacrifice, j'ai rencontré
la belle et sémillante Lara Fabian. Elle m'avait
donné rendez-vous dans un studio d'enregistrement,
là où elle peaufine un nouvel album qui
sera, n'en doutons pas, un immense succès. Quand
je suis entré dans le studio, l'ingénieur
du son me demanda de ne pas rester trop près de
la vitre. Je vis alors Lara, belle et, euh… sémillante.
Quand elle m'aperçut, elle s'arrêta de chanter
et me rejoignit près de la table de mixage. Nous
commençâmes alors l'interview.
Lara
Fabian, ce n'est pas votre vrai nom, je présume
?
En effet, je m'appelle Sheila Fabian. Ma mère était
une super fan de Sheila.
Sheila
?
Une chanteuse qui se trémoussait avec des couettes
tout en dansant le twist dans les années 60.
Ah
bon ?
Oui. Ma mère a sa discographie complète,
45 tours compris. Et j'adore toutes ses chansons, surtout
celle-ci :
Donne-moi ta main et prends la mienne
La cloche a sonné ça signifie
La rue est à nous que la joie vienne
Mais oui Mais oui l'école est finiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiie…
Super non ?
En
tout cas ça donne envie de partir en vacances scolaires.
Vous croyez ?
Et
pourquoi ce prénom, Lara, euh.. Lara ?
En fait, c'est en souvenir d'une chanson de mon film préféré.
Lequel
?
Le docteur Jivago.
Qu'est-ce
donc ?
C'est une histoire de coupeurs de tête.
Ah
bon ?
Oui. Ca se passe pendant la révolution française
en plein mois de novembre.
Qui
joue dans ce film ?
Omar Sharif. Un superbe acteur. Très beau…
du moins à cette époque.
Vous
en pincez pour Omar ?
Oui… et comme durant tout le film, soit à
peu près 3 heures 40, il fait un froid pas possible
et qu'Omar passe son temps à pleurer, il a des
stalagmites qui lui tombent du nez.
Ne
serait-ce pas plutôt des stalactites ?
Ah non. J'en suis sûre. J'ai vu le film au moins
trente cinq fois. Et la chanson était superbe.
Un jour Lara
Quand le vent a tourné
Un jour Lara
Ton amour t'a quitté
Tes yeux Lara
Revoient toujours ce train
Ce dernier train
Partant vers le chagrin…
Ca donne envie de prendre
l'avion.
Possible. En tout cas, j'en suis chaque fois toute bouleversée.
Dites-nous,
très chère Lara, que pensez-vous de Céline
?
Pas grand chose. J'ai bien essayé sur les conseils
de Johnny Hallyday de lire Voyage au bout de la nuit
mais j'ai rien compris. Pourtant je lis beaucoup.
Ah
bon ?
Oui. Récemment j'ai dévoré un superbe
bouquin.
C'était
quoi ?
Romance sur le rocher de Barbara Cartland.
Ca
se passe à Gibraltar ?
Pas du tout. Le rocher c'est Monte Carlo. C'est l'histoire
d'un jeune homme beau et riche qui rencontre au casino
une jeune femme riche et belle.
Ca
a l'air intéressant.
C'est même passionnant et très bien écrit.
D'ailleurs j'ai tout compris.
Et
comment ça se termine ?
Après s'être retrouvés au Country
club, ils se marient et partent en voyage de noces aux
Bermudes sur un yacht que leur a offert en cadeau de mariage
le prince de Monaco... un mec pas beau mais riche.
Pour
en revenir à Céline, je parlais bien sûr
de la chanteuse canadienne.
Ah bon ? Je me disais aussi... Céline, c'est une
véritable amie même si avec son accent à
la con on comprend jamais rien à ce qu'elle dit.
Mais j'aime beaucoup son authenticité et sa sincérité.
Et
question voix ?
Faut bien le reconnaître, elle force un peu.
Vous
croyez ?
Bien sûr. Moi, je chante sans forcer. Je vous montre
?
Non,
pitié !
Je
t'aime, je t'aime
Comme un fou comme un soldat
comme une star de cinéma
Je t'aime, je t'aime
Comme un loup, comme un roi
Comme un homme que je ne suis pas
Tu vois, je t'ai-ê-ê-ê-ê-ê-meuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu...
Lara,
vos disques sont-ils remboursés par la sécurité
sociale ?
Pas du tout. Et c'est pas forcément une bonne chose.
Comment
ça ?
Eh bien, figurez-vous que j'ai lu récemment dans
la salle d'attente de mon dentiste sur Voici qu'on avait
fait écouter du Vangelis et un de mes disques à
de courageux volontaires, un lundi à sept heures
du matin.
Et
alors ?
Après avoir écouté Vangelis, ils
sont allés se coucher et se sont mis en congé
maladie.
Et
après avoir écouté votre album ?
Ils sont partis au boulot en quatrième vitesse.
L'expérience
me semble concluante en effet.
Comme quoi écouter Lara Fabian est le meilleur
des remèdes et il ne coûte pas cher. Disons
20 euros à votre supermarché le plus proche.
Comment
faites-vous, Lara, pour avoir une voix si merveilleuse
?
Pas grand chose.
Ah
bon ?
Oui, c'est un don. J'ai toujours su super bien chanter.
Faut savoir que déjà à l'âge
de six ans, j'ai fait partie un temps des choeurs de l'armée
rouge.
Ca
a pas marché ?
Non, on m'entendait trop. Et pour des choeurs c'était
pas l'idéal.
Et
ensuite ?
A douze ans, j'ai fait de la post-synchronisation dans
un documentaire du commandant Cousteau sur le chant des
baleines bleues.
Et
hier après-midi vers, euh... 15 h 37 ?
J'enregistrais en play-back chez Foucault.
Johnny
Hallyday, un de vos amis à vous que vous avez,
a dit à votre propos : "T'es moi en nana
!" Qu'en pensez-vous ?
C'est vrai que même si j'ai pas la moustache, on
se ressemble beaucoup et surtout faut reconnaître
que je suis une nana qui a des couilles.
Le
titre "Imagine" de votre dernier album, n'est-il
pas quelque part un hommage à John Lennon ?
Bien sûr. Faut savoir que c'était un véritable
ami. On se ressemblait beaucoup. Je me souviens que je
lui disais souvent : "T'es moi en mec"
même si je portais pas des petites lunettes rondes
ridicules et une casquette à la con sur le crâne.
Doit-on
vous considérer, Lara, comme une chanteuse belge
ou québécoise ?
Aucune des deux. Je suis en quelque sorte une chanteuse
du monde étant donné que je vends des disques
un peu partout sur terre et même ailleurs.
Ah
bon ?
C'est fou le nombre de cassettes de moi qui s'achètent
en solde dans les stations d'essence sur les routes départementales
en Thaïlande.
Comment
expliquez-vous, Lara, l'insuccès de votre album
en anglais aux Etats Unis alors que celui de Céline
Dion a fait un tabac ?
C'est parce que les Etats Unis, c'est trop grand et trop
peuplé.
Hein
?
Absolument. Et je m'explique. J'ai vendu, je crois, quelque
chose comme 200 exemplaires de mon cd aux Etats Unis.
Ca peut paraître faible comme score mais si ça
avait été en principauté de Monaco,
faut savoir que ça aurait été un
super hit.
En
effet... Et le succès du cd de Céline Dion
?
C'est parce qu'elle chantait la chanson du film Titanic.
Vous
avez aimé le film ?
Pas du tout. J'ai horreur des histoires qui finissent
mal. Ils auraient dû changer la fin.
Comment
ça ?
Comme dans Les milliardaires font du ski nautique
à Marbella de Barbara.
Celle
qui chantait "L'aigle noir" ?
Non, l'autre : Cartland.
Et
alors ?
Eh bien, après avoir skié, les milliardaires
remontent dans leur bateau de plaisance qui est bientôt
pris dans une tempête.
Et
après ?
Leur bateau coule rapidement.
Ils
meurent ?
Non, le prince de Monaco qui passait par là avec
son yacht les sauve. Ca c'est une belle fin !
En
effet. Mais je vois mal le prince de Monaco venir sauver
Di Caprio au milieu des icebergs... Le commandant Cousteau
peut-être !
Avec plein de baleines bleues ?
Si
vous voulez... Lara, vous qui semblez être une habituée
des salles obscures...
Comment ?
Vous
qui allez souvent au cinoche, n'êtes-vous pas quelque
part entre une émission de télé sur
M6 et un concert à Carry plage, tentée par
une exaltante aventure au cinéma ?
Oui. Mais il faudrait que le rôle m'interpelle sans
nuire à mon image de star de la chanson.
Avez-vous
reçu une offre de scénario ?
Bien sûr !
Laquelle
?
Eh bien, récemment, j'ai eu une proposition pour
jouer dans une adaptation du Cri de la chouette d'après
Hervé Bazin réalisée par Claude Lelouch.
Et
dans quel rôle ?
Celui de la chouette.
Vous
avez accepté ?
Pas encore. Bon, le concept m'interpelle, c'est sûr,
le cri surtout, mais c'est avant tout la présence
comme metteur en scène du grand Lelouch qui peut
me décider.
Vous
aimez Lelouch ?
Au contraire, je l'adore. Ils sont, lui et sa caméra,
le cinéma français. Surtout sa caméra.
D'ailleurs j'ai bien aimé son dernier film Un
vieil homme, une vieille femme, 40 ans après.
De
quoi ça parle ?
Y'a un vieil homme qui est dans une maison de repos à
Dunkerque. Pendant ce temps, y'a une vieille femme qui
se promène dans la banlieue de Tamanrasset. Un
jour le vieil homme décide de partir à pied
n'importe où avec son camescope. Il rencontre une
bonne soixantaine de personnages pendant deux heures trente.
Finalement un razeteur unijambiste va lui faire connaître
une danseuse bretonne de flamenco qui connaît un
bouilleur de cru homosexuel qui lui fera rencontrer la
vieille femme qui habite dans la banlieue de Tamanrasset.
Ils finissent donc par se retrouver dans un safari au
Kénya alors que Lelouch dans le style virtuose
qui a fait sa notoriété tourne avec sa caméra
autour des personnages qui chantent :
Comme
nos voix ba da ba da da da da da da
Chantent tout bas ba da ba da da da da
da da
Nos cœurs y voient ba da ba da ba
da ba da
Comme une chance comme un espoir
Comme nos voix ba da ba da
nos coeurs y croient
ba da ba da ba da
Soudain
les vitres du studio se mirent à éclater.
J'eus un mouvement de recul. Puis tout grésilla.
Des étincelles jaillirent de la table de mixage.
Le système électrique ne résista
pas longtemps. La console d'enregistrement baigna bientôt
dans un immense nuage de fumée lourd et étouffant.
Ca devenait irrespirable. Alors que tout le monde quittait
à la hâte la salle, je me heurtai dans l'escalier
à une brigade de pompiers qui arrivait en quatrième
vitesse. Enfin à l'air libre dans la rue, je repris
mon souffle, soulagé.
_
par
éRiC
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