Ne
reculant devant aucun sacrifice et grâce à
mon propulseur tempo-progueux turbo diesel d'occasion,
je me suis projeté dans le futur. Plus précisément
le 23 mai 2024. J'ai alors rencontré pour vous
le beau et le sémillant Jon Anderson chanteur
du célèbre groupe Yes vers 19 heures 30
GMT chez lui dans son coquet pavillon de la banlieue de
Birmingham. Il venait juste de reformer le groupe que
l'on croyait dissous depuis belle lurette et même
plus, depuis au moins
euh ! 15 ans ? Non ! 20 ans
? Voici ce qui s'est dit :
Bonjour Jon. Vous allez
bien ?
Pas mal pour un mois de mai. Mais fermez cette putain
de porte que j'attrape pas la crève. Une camomille
?
Non
merci.... Jon, peut-on rester progressif après
80 ans ?
En tout cas, on peut le rester dans sa tête. Je
compte bien qu'on fasse un super album avec des titres
de plus de 34 minutes, des envolées à rallonge
de chiées de synthés, des voix de faussets,
des solos de guitares de 10 minutes, plein de breaks et
un passage à la gratte sèche où on
reprend un prélude de Bach. C'est pas progressif
ça ?
Non...
Jon, une question me taraude : vous êtes toujours
du soleil ?
Parfaitement. Et je dirai même plus : nous sommes
du soleil.
Comment ça ?
L'autre jour avec ma femme Georgette, on est allés
à la plage en car avec le club des joyeux séniors
progueux et on est revenus tout bronzés sur le
bout du nez. C'est pas une preuve ça ?
En
effet... Parlez-nous de la reformation du groupe. C'est
sérieux ?
Si c'est sérieux ? Je veux mon neveu !
Pourquoi reformer Yes en
2024 ?
J'en avais marre de chanter "Soon o soon" pour
les après-midi goûter-tisane des vieux amis
du vieux progressif du vieux Birmingham. De plus, j'ai
fait un sondage auprès de mes vieux fans. Figurez-vous
qu'ils veulent tous le retour de Yes avec des titres de
plus de 34 minutes, des envolées à rallonge
de chiées de synthé, des voix de faussets,
des solos de guitares de 10 minutes et un passage à
la gratte sèche où on reprend un prélude
de Bach.
Pas possible !
Si, si.
Mais qui fera partie de
Yes ?
Eh bien, y'aura ce bon vieux Wakeman.
Le Wakeman qui apparaissait
sur scène en 72 ?
Oui, le même !
Et que fait-il en ce moment
?
Quand je l'ai rencontré, il était en train
de composer la musique de la cérémonie d'ouverture
de la fête annuelle de la maison de repos de Newcastle.
Je lui ai lancé : "Rickie, ça te
dirait qu'on se retrouve avec Bilou, Chris et Stevie ?"
Il a dit : "Comment Jon, tu laisserais tomber
tes après-midi tisane pour des titres de plus de
34 minutes, des envolées à rallonge de chiées
de synthés, des voix de faussets, des solos de
guitares de 10 minutes, plein de breaks et un passage
à la gratte sèche où on reprend un
prélude de Bach ?"
Ah
bon ?
Oui. Et je lui ai rétorqué : "Pour
sûr Rickie !" J'ai même rajouté
: "Le progressif, y'a que ça de vrai !
Tu te souviens quand on s'envoyait en l'air avec les autres
sur "Ritual Nous Sommes Du Soleil", quel trip
!" Rick m'a répondu, une larme au coin
de l'oeil : "Tu l'as dit bouffi !"
Et les autres ?
Il y aura Steve Howe.
Qu'est-ce qu'il devient
ce vieux gratteur ?
Il accompagne dans ses tournées un vieux chanteur
français nommé quelque chose comme Yves
De Viviers...
Yves Duteil ?
C'est ça.
Et
ces bougres de Bill et Chris ?
Bill ? Il a joué quinze ans avec ce vieux givré
de Fripp puis il a créé quelques groupes
expérimentaux.
Ah oui ? Lesquels ?
The Silent Sound's new Experiment, The Bill Bruford's
Deconnection, The Bruford's Complete Desintegration et
une quinzaine d'autres dont j'ai oublié le nom.
Ca a marché ?
Pas vraiment.
Et Squire ?
Eh bien, il y a une vingtaine d'années, après
le flop de notre dernier album, en 2008 ou 2009, je ne
sais plus, ce bon vieux Chris ne s'en est pas remis et
il est devenu mystique.
Bigre
!
Il était parti se retirer dans un trou perdu en
France après sa profonde déception suite
à la mévente de notre cd qui fut malgré
tout numéro quatre-vingt-dix huit au top 100 du
Paraguay.
Ah,
tout de même !
Oui, c'était pas mal.
Mais pourquoi ce flop ?
D'abord parce que Roger Dean ne voulait plus faire la
pochette.
Ah bon ?
Il en avait ras le pinceau de dessiner toujours les mêmes
putains de montagnes rondes avec des îles bizarroïdes.
En plus il supportait pas notre logo, notre musique l'emmerdait
au plus point et il en avait marre que tout le monde trouve
ses tableaux progressifs.
Ah bon, c'était quoi
son style ?
Du figuratif flamboyant néo-classique.
Pourtant vous avez eu des
pochettes qui n'étaient pas de lui, non ?
C'est vrai mais ça nous avait pas vraiment porté
chance.
Comment ça ?
Avec "Tormato", le coup des tomates sur la pochette,
c'était pas génial ! Fallait être
con pour avoir une idée pareille !
Je
vous le fais pas dire.
Et "Going for the one" avec ce mec à
poil. Je vous dis pas.
En
effet.
D'ailleurs depuis tout le monde pense que ce sont nos
plus mauvais albums alors qu'ils sont supers.
Vous
avez bien fait pourtant d'autres trucs sans Roger.
Waters ?
Non, Dean.
Ah oui, Dean... Excusez-moi, je me suis un peu assoupi.
Ce n'est rien, Jon.
Encore un peu de camomille ?
Non,
merci... "Big generator" et "Talk"
ce n'est pas de Roger Dean, non ?
C'est vrai mais c'était pas du progressif.
Dites-nous,
Jon, quelles sont les autres raisons du flop de votre
cd ?
Une stupide mésentente artistique au sein du groupe.
Racontez-nous.
Eh bien, Chris pensait faire du progressif à la
condition qu'il ne progresse plus.
Difficile
!
Je vous l'accorde.
Et Rick ?
Il voulait qu'on joue un opéra-rock de sa composition.
Ca s'appelait comment ?
"Vingt mille lieux sous les mers". Il avait
le rôle du captaine Némo. On devait être
tous sur scène dans un sous-marin et lui devant
un orgue gigantesque tandis que derrière une vitre
dans un immense aquarium passeraient plein de requins.
Roger Dean aurait fait les décors. A la fin moi,
dans le rôle de Ned Land, je devais tuer un poulpe
géant.
Ca me parait intéressant
comme projet, non ?
Oui mais comme Chris était allergique au poisson,
ça c'est pas fait.
Et les autres ?
Alan alors en plein trip Stockhausen voulait faire du
bruit. Steve disait que le progressif c'est comme le vélo
et si t'avances pas tu tombes. Mais comme il était
à court d'idée il s'est cassé la
gueule.
Et vous ?
Moi à l'époque je faisais de la variété
avec un grec bouffi et plein de poils partout.
Demis Roussos ?
Non. Vangelis.
Et alors ?
Alors, après beaucoup d'hésitation, on a
fini par faire un disque de néo-punk. Steve a accepté
de teindre en vert les derniers cheveux qui lui restaient.
Chris s'était fait une crête du plus bel
effet sur le crâne. On a gardé quand même
un titre parlant pour ne pas décevoir nos fans.
C'était "Nous étions du soleil".
C'est original comme titre.
Je trouve aussi. On avait même appelé pour
faire la pochette le mec qui avait pris en photo la vache
d'"Atom heart mother" de Pink floyd.
Ah bon ?
Ouais. Il a fait une photo d'un cochon dans sa soue.
C'était
quoi le symbole ?
C'était une idée de mon pote Roger.
Dean ?
Non. Waters. Il disait que le cochon représentait
l'aspect progressif de notre musique à laquelle
Roger n'a rien pigé.
Qui ça ? Waters ?
Non. Dean. Personnellement j'avoue que je n'ai jamais
rien compris à cette pochette. Le public non plus
d'ailleurs. Pas plus qu'à notre démarche.
Pourtant j'avais fait une superbe cover de 24 minutes
d'un titre des Sex Pistols avec plein de breaks partout.
Trop peut-être ?
Sans doute... En tout cas ça a été
dur pour tout le monde, surtout Rick.
Comment ça ?
Il s'était mis pour l'occasion une épingle
à nourrice dans l'oreille gauche et ça s'est
méchamment infecté.
Le pauvre !
Ouais. Il s'est farci 15 jours d'hosto.
Et
Chris ?
Il était tellement déçu qu'il s'est
retiré dans un trou perdu de la Haute-Ardèche.
Où ça ?
à Notre Dame des neiges.
Là où il a des moines mon cher Jon
?
Exactement. Et quand je suis allé le chercher là-bas,
ces jours derniers, ça faisait peur ! Un vrai mystique
!
J'ai
du mal à le croire.
C'est pourtant vrai. Il chantait tout le temps "Soon
o soon" les bras au ciel, la tonsure à l'air
et la bure pendante. Il marchait pieds nus sur les bogues
sans douleur. C'était un spectacle terrifiant !
Quelle
horreur !
Je vous le fais pas dire. En plus, parfois, la nuit quand
la neige tombait drue, il hurlait "I get up, I get
down" à la lune. Le père supérieur
dut intervenir car des moines exaspérés
parlaient même de retourner à la vie civile.
Pas possible !
Si, si. Vous pouvez me croire. Et quand je lui ai parlé
de reformer le groupe, il s'est illuminé comme
un lever de soleil un matin d'été en haute-Ardèche
derrière les châtaigniers, là-haut,
près des faïsses. Il a retrouvé d'un
coup le moral. Il est parti dans sa cellule prendre sa
basse. Il joua un extrait de son seul et unique album
solo, parla même de changer le nom du groupe
Ah bon ?
Ouais. Il pensait que par exemple The Chris Squire
New Yes Revival Group était une bonne idée.
Mais, je lui ai fait comprendre que ce serait mal venu
vis à vis des autres.
Il a accepté ?
Oui, mais ça a été dur.
Une question me turlupine,
Jon. Etes-vous, tels de valeureux croisés, les
derniers à porter haut et fort le flambeau quasi
éternel du fier mouvement progressif, quelque part,
en 2024 ?
Vous rigolez. Faut quand même savoir que les groupes
de prog pullulent de par le monde sûrement plus
que ceux d'inuits chantant des polyphonies corses.
Ah
bon ? Et ça marche ?
Oui assez. En tout cas ça se vend plus que la musique
traditionnelle birmanaise.
Et
quel sera le titre de votre album ?
No !
No ?
Yes !
_
par
éRiC
(pour
en savoir un peu plus sur Eric, c'est
ICI)
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