L'autre
soir, je suis allé mater Ange... Et l'écouter
par la même occasion.
De
Ange, je ne connaissais pas grand chose. Quelques chansons
des albums "Emile Jacotey", "Au-delà
délire" et "Le bal dez Laze" (une
reprise de Polnareff). C'est peu. Du coup, c'était
sûrement une bonne idée d'aller voir le groupe
faire le tour de la question... Mais, c'est quoi la question
?
En
entrant, à droite du bar, se tenait un stand sur
lequel on vendait des disques où le prix "imbibé"
était moins important que le prix public. Nazca,
mon collègue de concert, me lança alors
: "Si t'es bourré, le disque est moins cher."
Dans
la salle, il n'y avait pas grand monde. Une moitié
de salle en fait. Des vieux surtout.
Après
une légère attente bercée de musique
hip-hop électro, voici qu'arriva le groupe Ex Vagus
qui fit une prestation... "à la Ange".
C'est un peu normal après tout.
Au
début, j'ai eu un peu peur. Le chanteur en faisait
trop. Maniéré comme un chanteur de néo-prog.
Mais Ex Vagus faisait-il du néo-prog ? Non, il
faisait du rock "évolutif". Après,
ça a évolué. C'est normal pour un
groupe évolutif. Les claviers étaient agréables
et de qualité. Celui qui en jouait passait son
temps à se marrer avec le bassiste. Tant mieux,
c'est plus agréable que de se farcir des mecs qui
te taillent la gueule une heure durant. Le guitariste,
sorte de Gilmour amaigri, fit une correcte prestation.
L'ensemble était très prog avec des petites
histoires du domaine des trois collines et des trucs comme
quoi, il a neigé sur Pluton. Il n'y a plus de saison.
Le groupe y est allé même d'une chanson que
le chanteur de Ange avait spécialement composé
pour eux. Ca s'appellait "Ici". C'était
loin d'être la meilleure de leur show. Et naturellement,
Ex Vagus nous a offert même une suite faite de nombreux
breaks ponctués des sauts du bassiste en grande
forme. Le rock progressif, c'est aussi du sport.
Puis
Ange arriva.
Et
voici Décamps, sorte de compromis entre un père
Noël sans costume et un Léo Ferré barbu,
un peu enveloppé et transformé en gourou
en toge. Il fit le spectacle. Joua quelques personnages.
Parla des hommes politiques qui sont tous méchants
(mais il ne faut pas oublier de voter). Raconta que Ange
est immortel et que l'artiste sans le public est un leurre.
Comme on était là, ça pouvait marcher.
Près
de Décamps, il y avait une chanteuse, choriste
et danseuse. Elle s'appelle Caroline et s'en est tirée
pas trop mal, bien que ses évolutions gestuelles
ne soient pas toujours au top. Elle a chanté seule
un truc entre foot et foutre. Les paroles étaient
assez sympas.
Ange,
c'est aussi Tristan, le fils de l'autre. Il a créé
le climat avec force claviers. Il a aussi chanté
seul une belle histoire d'harmonie. C'était un
grand moment du show, surtout quand le guitariste s'est
joint à lui à la fin du titre.
Ce
guitariste, parlons-en. Il s'appelle Hassan, il est très
fort. La réussite du show tint beaucoup dans sa
prestation de haute-volée.
Le
bassiste comme souvent dans les concerts prog semblait
comme possédé. Il arpentait la scène
dans son tricot de peau qu'il semblait sortir tout droit
d'un vieux film réaliste italien des années
50. Le batteur, quant à lui, était sobre
et juste. Avec un bon son.
Le
son, parlons-en aussi. J'ai en subi de pire. Mais quand
les thèmes devenaient plus agressifs, c'était
limite insupportable. Notamment dans "Vu d'un chien"
ou "Ces gens-là". Et ça faisait
énormement de tort à cette musique qui n'avait
pas besoin de tant de décibels. Moi non plus d'ailleurs.
Ange,
au final, c'est un rock plutôt théatral et
outrancier. Entre rock et variété française.
Avec des paroles intéressantes et de l'humour...
(quand on réussit à comprendre quelque chose
sous cette sono souvent assourdissante !). C'est aussi
parfois un show pas loin du ridicule. D'autres fois proche
du sublime. Et avec de grands moments comme "Si j'étais
le messie" ou "Capitaine coeur de miel".
Tard
dans la nuit, Les Ange épuisés ont salué
la salle maigre mais conquise sous les accords du piano
reposant de Keith Jarrett. On entendait même quelques
euphoriques : "Décamps, président !".
Les fans ont de l'humour.
Du
coup, ce fut une soirée sympa de prog à
la française. Et la bière était bonne.
_
par
éRiC
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