COURRiER


 
Ainsi parlait James Labrie
 

 

Ils sont beaux
(surtout Labrie).


Pour mon premier concert métal depuis trente-deux mois, je peux vous dire que Symphony X, c'était nul. Je pourrais chercher un synonyme en huit syllabes pour vous entretenir savamment de la prestation du groupe de Russell Allen mais je ne le ferai pas car le passage de Symphony X était simplement nul. Ils ont joué quatre morceaux, une sorte de worst of avec deux titres de leur dernier album que j'ai écouté une seule fois puis deux titres de "The Odyssey" dont le long morceau éponyme qui sonnait toujours comme un jeu vidéo. Le final est sympa mais cela faisait bien cinq ans que j'en avais oublié les paroles. La sono était fidèle à celle de la plupart des concerts de métal avec les écueils habituels : les instruments en solo ne s'entendent pas (chant inclus) et lorsque Romeo sort du marasme, sa guitare a un son de vieille poulie mal huilée. Ensuite Allen annonça le plus grand groupe du monde et j'ai presque cru que Roger Waters allait monter sur scène. Il n'y eut pas un seul rappel, ce n'était pas prévu dans le planning.

Concernant DT, déjà, il y a un feu tricolore au plafond et des fourmis en plastique. Il s'agit d'une métaphore car Dream Theater est un groupe travailleur et économe. L'un de mes trois accompagnateurs - grand fan de SX - regretta cette première partie écourtée mais je lui répondis que le groupe reviendrait à la fin du concert pour jouer une reprise de Pink Floyd avec Dream Theater ce qui - nous le verrons plus tard - n'était pas davantage prévu dans le planning. La fourmi n’est pas prêteuse ; c’est là son moindre défaut et son temps est cher ainsi que la place (40,70 euros). Mais quand on roule sur l'or - comme c'est mon cas depuis toujours - on peut se le permettre car DT ouvre en jouant "Ainsi parlait Zarathoustra" et puis il y a Portnoy derrière sa chiée de caisses, Labrie avec sa chemise, l'ultra expansif Myung, Rudess et sa dégaine pas croyable à la Thomas Dolby (inclus le clavier en bandoulière) et Petrucci, évidemment, sans qui tout ceci n'aurait pas grand sens. Car les musiciens de Dream Theater sont talentueux... à l'unité. C'est lorsqu'ils jouent tous ensemble que ça ne fonctionne pas toujours. Ainsi les premiers titres m'ont semblé n'être qu'une répétition du schéma suivant : une intro avec un riff plombé qui dépote suivi d'un refrain repris par les premiers rangs puis Labrie retourne en backstage afin de laisser ses potes s'astiquer le manche à trois cents tours par minute. Chacun nous fait le vol du bourdon à sa sauce sur clavier ou guitare puis Petrucci ressort le riff déplombé et il y a le final. La plupart des morceaux étaient ainsi. La branlette valant ce qu'elle vaut, ce ne fut pas toujours reposant malgré une sono fort plaisante. Voir les musiciens se masturber, évidemment, reste préférable à seulement les entendre car l'écran géant nous permet de constater qu'ils jouent vite et qu'ils sont beaux (surtout Labrie).

Puis il y eut quelques moments jouissifs même si ce mot me semble - a posteriori - un chouïa excessif. Tout d'abord l'ambiance à laquelle j'ai toujours été sensible, dans cette salle comble, à l'exception de quelques sièges excentrés en gradin. Moi-même j'y étais, en gradin, comme un papy ou comme quelqu'un qui a acheté sa place trop tard, c'est à dire le jour où le concert a été annoncé complet. Etre en gradin me permis de constater qu’une blondinette était venue uniquement en accompagnatrice et a passé quatre heures à lire son livre en s’éclairant avec l’écran de son appareil photo numérique. Même Portnoy - dont le jeu de cymbales n’est plus à prouver - ne parvint pas à la distraire. Bref, la fosse, je l'aurais bien aimée pour deux ou trois titres mais être assis me semble préférable sur la longueur. En 2004, pour mon dernier Zénith et pour mon dernier DT, j'aurais tué pour pouvoir me reposer après trois plombes de "Train of Thought". Outre l'ambiance, j'ai aimé la brève citation de "Mother" de Pink Floyd ainsi que les chansons que je connaissais et qui devaient se compter sur les doigts de la main : "Fatal tragedy", un passage de "One last time" et "It’s raining", "Take the time", et "Lines in the sand" avec toujours son flambant solo de gratte. Ce morceau fut, me semble-t-il, un peu boudé par l'assistance, comme l'album duquel il est issu ; album que je continuerais peut-être à considérer comme un des trois meilleurs de Dream Theater, si je me sentais de réécouter leur discographie complète pour en être sûr. Outre ceci, j'ai apprécié quelques riffs acérés de John Petrucci car c'est toujours l'occasion, ma foi, de se décrocher les cervicales. Ensuite il faisait doux alors nous avons marché dans les rues du XIXe jusqu’à minuit alors que des types louches vendaient des affiches de Dream Theater - tombées du camion - à deux euros.
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par Nazca